Les beaux objets en plastique recyclé de Plastic Factory

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Tous droits réservés à Lucile Dizier/Studio Cagibi.

Plastic Factory c’est le nom d’un collectif familial de Bruxelles qui fabrique des objets de décoration et à usage quotidien en recyclant des bouchons en plastique. Cette famille d’artistes s’est lancée dans cette initiative en août 2018, s’inspirant de la communauté Precious Plastic (1). J’ai eu l’occasion d’interviewer Mathilde Rulens, fille de Sandra et Pierre (l’une graphiste, l’autre sculpteur font tous les deux partie de l’aventure) pour en savoir plus sur ce superbe projet.


Le parcours de Mathilde : sortie de ses études de création d'intérieur à Saint-Luc en 2017, Mathilde entreprend un voyage d'un an en Amérique du Sud avant de lancer Plastic Factory qui constitue son activité professionnelle principale. Elle travaille également sur le réaménagement d'intérieur pour des particuliers, notamment une maison à Ostende et un magasin de cosmétiques naturels. Elle est actuellement sur le projet d'un réaménagement d'un centre de soins. 

L’idée était de se procurer des matériaux de récupération (moteur, four, etc.) : nos machines sont donc faites à 100% de récupération et gratuitement.


Studio Cagibi : Mathilde, parle-nous un peu de ton collectif Plastic Factory. Comment est née l’idée de t’associer avec ta famille pour mener ce projet ? 

Mathilde Rulens : Après mes études en 2017, j’ai voyagé pendant un an en Amérique du Sud et en Asie. C’est là que la question de l’écologie m’a frappée : je voulais faire quelque chose qui aide la planète et qui porte un message assez représentatif de notre génération.
En août 2018, je suis tombée sur une vidéo d’un Hollandais qui expliquait qu’il avait construit une petite machine « home made » afin de pouvoir recycler du plastique à échelle personnelle, chez soi et de manière artisanale. Je dois dire que ça a fait tilt assez vite. Mon père étant sculpteur/fondeur et écolo, je me suis dit que ce type de projet allait l’emballer. Je me suis renseignée et je suis tombée sur une vidéo qui provenait de la plate-forme « Precious Plastic » basée à Eindhoven. J’ai téléchargé toutes les documentations et les plans, j’ai présenté le projet à mon père et nous avons décidé de fabriquer 3 des 4 machines que la plateforme proposait dans leurs tutoriels en ligne (broyeuse, presse et extrudeuse). L’idée était de se procurer des matériaux de récupération (moteur, four, etc.) : nos machines sont donc faites à 100% de récupération et gratuitement.
On a eu de la chance que le car-wash qui était à l’époque en face de chez nous stoppe son activité, on a pu récupérer 6 moteurs réducteurs, donc c’était juste parfait pour fabriquer les machines à recycler. Un couple de Molenbeek qui refaisait sa cuisine nous a également donné un four. On a juste dû investir dans les dents de la broyeuse qui devaient être découpées au laser.
Après ça, le projet a pris vie dès les premiers objets créés et on était lancés.

S.C. : Quels sont les engagements du projet Plastic Factory ?

M.R. : Nous recyclons principalement des bouchons en plastique que nous collectons au Bio Vrac, une épicerie bio du coin où j’ai moi-même travaillé 3 ans. Pourquoi les bouchons ? Car c’est facile à stocker et qu’on ne se rend pas compte de la quantité qu’il est possible de trouver ne serait-ce que dans mon propre quartier (Uccle, Bruxelles). De plus, les bouchons sont très variés au niveau des couleurs!
Notre premier engagement est clairement de récupérer un maximum de bouchons en plastique du quartier et de les recycler afin que ce soit déjà çà en moins qui part vers les décharges, les océans, la nature, etc. C’est une valeur sûre en quelque sorte ! Notre deuxième engagement est bien sûr de montrer l’exemple, montrer que le plastique est loin d’être une matière jetable et qu’on peut lui redonner vie avec une belle plus-value.

Mathilde en train de travailler sur un projet de porte-savon. / Tous droits réservés à Lucile Dizier/Studio Cagibi.

S.C. : Parle-nous un peu de la production de tes objets. Quelles sont les différentes étapes pour arriver au produit fini ?

M.R. : La première étape est bien sûr la collecte de la matière. Une fois stockés, les bouchons vont tout d’abord être plongés dans un bain dégraissant et nettoyant puis dans un bain d’eau pure. Plus ils seront propres, plus le rendu final sera beau! Ils sont ensuite séchés dans des grands sacs en toile de jute.
L’étape suivante est sûrement la plus importante : trier tous les bouchons par type de plastique et par couleur. Dans les bouchons en plastique il y a au moins 3 types qui reviennent souvent (HDPE-LDPE-PP (2)) et ils ont tous des degrés de fusion différents.
Une fois les bouchons triés et nettoyés, tout est broyé et stocké dans des sacs par type de plastique et par couleur. À ce moment-là, la matière est prête à l’emploi comme une palette de couleurs. À moi de choisir ensuite d’utiliser la machine qui servira à la création de l’objet que je souhaite réaliser.

Des bols réalisés pour un projet de restaurant éco-responsable à Bruxelles. / Tous droits réservés à Lucile Dizier/Studio Cagibi.

Mon rôle est de gérer l’image du projet sur les réseaux sociaux, je m’occupe de la création et du design ainsi que de la production de tous les objets.


S.C. : Tu as décidé de travailler avec ta famille sur ce projet. Comment ça se passe ? Quels sont les rôles de chacun.e ?

M.R. : Le rôle de mon père est clairement plus technique, il a fabriqué les machines. il m’aide à réaliser mes idées lorsque quelque chose bloque au niveau technique. C’est le MacGyver de la situation ! J’apprends absolument tous les jours avec lui !
Ma maman est beaucoup plus dans la communication, toujours présente pour aller faire une course dans l’urgence pour me sauver, elle gère les événements et fait beaucoup de pub. Elle me ramène certainement plus de clients que les réseaux sociaux et je dois l’avouer, elle a eu quelques idées d’objets qui ont cartonné!
Mon rôle est de gérer l’image du projet sur les réseaux sociaux, je m’occupe de la création et du design ainsi que de la production de tous les objets. Je fais un peu tout ce qu’il faut pour faire tourner le projet et j’en apprends toujours plus comme la gestion, les colis, les livraisons, les photos, le marketing, etc.

Des planches à découper ou pour prendre son petit déjeuner. Tous droits réservés à Lucile Dizier/Studio Cagibi.

J’ai envie que les objets de Plastic Factory soient accessibles pour tous milieux et classes sociales.


S.C. : Y a-t-il d’autres personnes qui vous accompagnent dans cette aventure ? Si oui, quels sont les rôles qu’ils/elles occupent ? 

M.R. : En plus de toutes les personnes qui apportent des bouchons, il y a très souvent des étudiants qui viennent a l’atelier pour utiliser les machines ou du plastique. Parfois des bénévoles ou des stagiaires viennent prêter main forte mais pour le moment c’est très restreint.

S.C. : Les prix sont super raisonnables ! Est-ce que c’était une volonté de ta part de démocratiser les objets de design que tu vends ? 

M.R. : J’ai envie que les objets de Plastic Factory soient accessibles pour tous milieux et classes sociales. Je fais donc plusieurs types d’objets avec des finitions et des prix différents. On va trouver des objets ultra simples et peu onéreux, on va également trouver des luminaires ou tableaux un peu plus techniques et chers. Je fais également des collaborations ou des éditions spéciales qui sont avec un détail, mieux finis et donc un prix plus élevé assumé. On va dire que je vais un peu partout pour satisfaire un maximum de personnes et montrer l’exemple.

Des planches pour le petit déjeuner exposées dans la galerie d’art de ses parents. / Tous droits réservés à Lucile Dizier/Studio Cagibi.

S.C. : Qu’est-ce qui a inspiré le design de tes objets (point de vue visuel, choix des couleurs) ?

M.R. : J’y vais au feeling, les bouchons en plastique ont un tel panel de couleurs incroyables. Autant de possibilités que de créativité, c’est pour ça que j’adore ce métier. Chaque objet est une oeuvre unique et je suis moi même hyper excitée lorsque je découvre l’objet complètement fini, je sais par où j’ai dû passer pour en arriver à ce résultat. Cela me rend tellement fière et je m’étonne souvent !

S.C. : Tes conseils pour nos lecteur.ices qui souhaitent faire des efforts au quotidien quant à leur consommation de plastique ?

M.R. : De s’inspirer un maximum de tout ce qu’on voit aujourd’hui en terme de zéro déchets et de recyclage. Chaque détail compte, chaque petite habitude aussi. Il faut se poser les bonnes questions et ne pas faire juste comme tout le monde. C’est notre génération et les suivantes qui vont être déterminantes pour la santé de la planète, on est une armée et on gagnera si chacun fait son devoir et vit en harmonie avec elle. Il y aura toujours des cons et des irrespectueux donc à nous d’être encore plus pro-actifs ! Hashtag coupdegueule !

S.C. : As-tu des recommandations d’artistes, créateur.ices ou autres initiatives locales que tu voudrais nous partager ?

Nightshift, c’est un collectif d’artistes bruxellois, ils ont un laboratoire de recherche en peinture, textile, sculpture et video. Je suis fan de leur boulot, c’est responsable, local, frais ! On adore !
Soor (Simon Roobaert) un jeune artiste peintre/sculpteur contemporain 100% bruxellois. Il travaille avec beaucoup de récupération et débat sur des sujets super d’actualité.
Laor (Laura Parmentier), une artiste peintre belge qui fait de la peinture 100% écologique. Très organique, j’adore.
Clovis Retif, un artiste dessinateur qui travaille principalement au crayon gris, incroyable !
House of Moose, une jeune artiste belge qui a créé une plateforme où elle revend des objets qui n’ont pas d’impact sur l’environnement ou qui sont bons pour l’environnement provenant d’artistes locaux qui respectent la nature et les animaux. Plastic factory fait partie de ces artistes !


Je suis heureuse d’avoir pu vous faire découvrir une alternative peu conventionnelle, de vrais objets de design s’inscrivant dans une démarche d’upcycling et de durabilité avérée. Cette initiative est tout près de chez moi, à Bruxelles, et pour ceux qui ne vivent pas en Belgique, la Plastic Factory propose ses objets sur l’e-shop à des prix vraiment raisonnables : comptez entre 20 et 30€ pour un bol, entre 25 et 40€ le panier, et maximum 150€ pour le reste de leur boutique.


Retrouvez les articles de Plastic Factory sur leur shop ou sur leur Instagram.


Sources

(1) Precious Plastic est une communauté qui développe des outils et des machines pour recycler le plastique. Elle encourage la réutilisation de plastique pour la création d’objets du quotidien (que ce soit pour des objets décoratifs, utilitaires ou du mobilier par exemple). Precious Plastic fonctionne comme un réseau de personnes qui regroupent leurs compétences pour organiser le recyclage de plastique à échelle locale – plus largement, la communauté peut s’élargir mondialement en connectant les gens et leur permettant d’échanger des informations et leurs connaissances. Site internet : Precious Plastic 

(2) Pour en savoir plus sur les différents types de plastique : un article sur le site de PlasticsEurope

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