Laor, artiste peintre et créatrice de peinture écologique

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Laura Parmentier, aka Laor. / Tous droits réservés à Lucile Dizier/Studio Cagibi.

C’est dans son atelier de Molenbeek que j’ai rencontré l’artiste peintre Laura Parmentier, aka Laor. L’atelier de Laura se situe dans un grand hangar au rez-de-chaussée de son immeuble : hangar destiné à des ateliers partagés. Le propriétaire a décoré l’endroit avec des plantes, des couleurs vives et s’est attaché à créer avec soin un lieu de vie propice à la création et au partage.


L’entrée du garage de l’atelier de Laura décoré par des plantes. En face, la fenêtre devant laquelle nous avons pris son portrait. / Tous droits réservés à Lucile Dizier/Studio Cagibi.

L’art des aborigènes est très méditatif : c’est beaucoup de points ou de lignes à répétition.


Les toiles de Laura sont constituées d’un entremêlement de formes abstraites inspirées du fluid painting (technique qui consiste à faire couler de grosses quantités d’acrylique sur un support et laisser les couleurs se mélanger entre elles et créer des formes abstraites). Déplorant le “gâchis de peinture” de cette méthode, Laura s’est “inventée une pratique au fil du temps et de l’expérimentation” pour en reproduire les effets.

L’art des aborigènes natifs d’Uluru, une terre sacrée dans le désert australien, a beaucoup marqué Laura. Choquée par la colonisation d’Uluru par le gouvernement australien, elle a toutefois été positivement imprégnée de la culture et de l’ambiance chargée d’électricité de son voyage. “Le gouvernement australien s’est bien approprié le terrain – c’était un sentiment super étrange parce que j’avais l’impression d’envahir leurs terres. J’ai ressenti beaucoup d’émotions contradictoires : à la fois très heureuse d’être là et en même temps le sentiment de ne pas être à ma place“. Le Centre Culturel d’Uluru s’attache à ressusciter l’âme du territoire et tente de réparer l’irréparable en valorisant l’art et la culture des aborigènes. “L’art des aborigènes est très méditatif : c’est beaucoup de points ou de lignes à répétition. En voyant ces femmes aborigènes peindre, j’ai pu voir leur âme toute entière passer dans leurs œuvres. Ce qui pourrait paraître comme un travail dur et long est en fait pour elles, un grand moment de spiritualité. C’est dans cet aspect que je me retrouve dans leur art, je prends mon pinceau et tout à coup le temps s’arrête et je me sens comme hypnotisée par chacun de mes traits.

Les œuvres de Laura Parmentier, aka Laor. Tous droits réservés à Lucile Dizier/Studio Cagibi.

Appliquant le zéro déchet dans sa vie quotidienne, Laura s’est également démenée pour retranscrire cette philosophie dans son travail par soucis de cohérence avec ses convictions. Depuis quelques temps, Laura réalise sa propre peinture écologique et n’utilise que des supports de récupération.

“Un jour, j’ai récupéré un panier d’acrylique à moitié utilisé de gens du voyage qui partaient et qui avaient besoin de se débarrasser de certaines de leurs affaires. J’ai utilisé cet acrylique pendant tout un an. Lorsqu’il a fallu que j’en rachète, je me suis rendue compte que je devais acheter des tubes en plastique – pas du tout en accord avec le zéro déchet que je pratiquais. C’est seulement là que je me suis intéressée à la composition de l’acrylique et que j’ai vu que c’était un produit dérivé du pétrole.”

Laura me montrant le résultat de sa peinture écologique. / Tous droits réservés à Lucile Dizier/Studio Cagibi.

La craie et l’argile, même si ce sont des matériaux inertes et sains, sont extraits de carrière et par conséquent relèvent de l’exploitation de ressources naturelles.


À partir de ce constat, Laura a commencé à créer sa propre peinture à base d’huile de lin, d’argile blanche, de craie, d’eau et de pigments naturels. Affinant sa technique, Laura a aujourd’hui comme objectif de commercialiser une peinture écologique : “à mon retour d’Australie, je cherchais un poste dans le domaine de l’écologie ou de l’économie circulaire. J’avais remis mon préavis au café dans lequel je travaillais – je m’étais laissé trois mois pour trouver quelque chose“. Malheureusement, le sort en a décidé autrement, et après de nombreuses recherches, Laura a décidé de faire appel à l’ASBL Job Yourself pour se lancer dans la vente de sa peinture fait-maison.

Le plan ? Réaliser une peinture multi-fonctions qui s’apparente à l’acrylique, tout en étant toutefois beaucoup plus respectueuse de l’environnement. “Quand j’ai décidé de commercialiser cette peinture, j’ai décidé de pousser l’éthique à son maximum. La craie et l’argile, même si ce sont des matériaux inertes et sains, sont extraits de carrière et par conséquent relèvent de l’exploitation de ressources naturelles. Je me suis donc intéressée aux matériaux recyclés de la déconstruction. J’ai contacté une entreprise qui recycle ces matériaux. J’ai expliqué mon projet et suis tombée sur un monsieur qui a totalement compris mon projet et ce que je voulais.”


En quelque sorte, l’art écologique ne décide ni du format de ses œuvres, ni de la texture de la matière. Les matériaux contrôlent cette pratique et la nature reprend ses droits.


Bien entendu, bien que multi-fonctions, la peinture de Laura ne présente pas la brillance et la variété de teintes saturées de la peinture acrylique trouvée sur le commerce. De plus, dans sa pratique quotidienne, le fait de devoir “cuisiner sa peinture” pour pouvoir peindre est parfois un peu frustrant quand il s’agit de répondre à un grand élan d’inspiration. Mais comme pour se nourrir, il s’agit de ne pas céder à l’appel de la “fast-food” et de plutôt prendre le temps de cuisiner avec de bons produits de saison.

Les contraintes de cette peinture sont aussi l’occasion de se réinventer en tant qu’artiste. On a du mal à s’imaginer que l’art, qui fait tant de bien, puisse employer des matériaux polluants. Pourtant, les produits utilisés sont bien souvent toxiques et dangereux pour l’environnement. En quelque sorte, l’art écologique ne décide ni du format de ses œuvres, ni de la texture de la matière. Les matériaux contrôlent cette pratique et la nature reprend ses droits. Comme dans les efforts que l’on fait au quotidien pour limiter sa consommation ou ses déchets, un temps d’adaptation à de nouvelles contraintes est nécessaire – mais elle apporte également bien des bénéfices : économies sur le long terme, nouvelles compétences et passions qui se développent. L’écologie en art permet aussi de créer l’occasion de se renouveler, d’apprendre de nouvelles méthodes et d’avancer avec son temps.


Bientôt, vous pourrez retrouver un DIY présentant la technique de Laura pour réaliser sa propre peinture écologique. Stay tuned!


Un petit coin dans les escaliers de l’immeuble où vit Laura. Des objets recyclés en mobilier et décoration. / Tous droits réservés à Lucile Dizier/Studio Cagibi.

Les références

  • Retrouvez Laor sur Instagram
  • Si vous aussi vous souhaitez lancer votre propre business, mais que vous avez besoin d’un coup de pouce, allez sur le site de Job Yourself

Vous êtes également un.e créateur.ice de mobilier ou d’objets de décoration et vous faites de l’environnement une de vos principales préoccupations ? J’accepte les propositions de partenariat et/ou d’interview! N’hésitez pas à m’écrire à info@studiocagibi.com en motivant votre projet et nous pourrons en discuter.


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